Ma démarche artistique repose sur un questionnement de notre identité à travers les liens que nous tissons avec les autres au fil du temps.

Mémoire familiale

Il y a, d’une part, un travail sur la mémoire familiale. Avec comme matériau de prédilection le textile, j’ai pansé les blessures d’une famille marquée par l’exil, la Shoah, une filiation confuse et des disparitions (cf. Les confec-sions). Je parle de ma famille et me réapproprie son histoire. Plus largement, c’est un questionnement sur qui nous sommes à travers l’histoire dont nous héritons et ce que nous faisons avec. L’histoire de ma famille n’est finalement qu’un prétexte pour questionner tout un chacun sur ce qu’il porte des générations qui l’ont précédé et qui va participer à la construction de son identité.

Liens

Il y a, d’autre part, une exploration des liens tissés avec mes contemporains. Là encore, je m’appuie sur ma propre vie – mes émotions, mes sentiments et mes rêves – pour explorer les liens qui nous constituent et qui parfois nous brident : liens maternels, liens amoureux, liens professionnels.

Féminité et fragilité

Il s’agit, en particulier, de questionner la place de la femme dans le couple. L’utilisation du cheveu, matériau intime, avec lequel je brode renvoie à une femme désirable et insoumise, une femme capable de lutter contre ses démons.

Féminité et fragilité se rencontrent et se mêlent dans mon travail plastique. Les matériaux en sont le reflet. Il y a d’une part ceux empruntés aux couturières, matériaux que des générations de femmes se sont transmis et, d’autre part, ceux empruntés à notre quotidien, marques de notre fragilité : racines végétales, mouchoirs en papier, …Les œuvres sont fragiles, délicates, emplies de vide, ne tiennent qu’à un fil …

Temps

Le temps est également une composante essentielle de mon travail. Le temps est lui-même contenu dans les gestes de la plasticienne devenue couturière et brodeuse : tisser, détisser, découper, déchirer, repriser, coudre, découdre, broder, tricoter, détricoter, nouer, dénouer, … Il y a dans ce « faire-défaire » comme une tentative d’anéantissement du temps, telle une Pénélope tissant le jour et détissant la nuit. Le temps peut aussi devenir matériau et rendre compte des transformations d’un individu au fil du temps. Dans Barbe-bleue, le cabinet secret, 7 expositions se succèdent sur 2 ans et dévoilent une femme continuellement en mutation.

Qui sommes-nous ? Et si nous n’étions que les liens qui nous tissons ?

 

« Le monde subjectif est aussi un monde intersubjectif, le monde de moi et de toi, et tracer une frontière entre les deux n’est pas facile, parce que les autres font partie de nous. »

Siri Hustvedt. La femme qui tremble.