Depuis ma petite enfance, Barbe-bleue à la fois me fascine et me terrifie. Lorsque j’étais enfant, ma mère me le racontait, toujours à l’identique : mêmes mots, mêmes intonations. J’avais très peur et, pourtant, je demandais à ma mère qu’elle me le raconte encore et encore. Ma mère le connait par cœur. Petite fille, elle l’a reçu en cadeau sous forme de 45 tours, un cadeau de sa mère. Barbe-bleue est, dans ma famille, le conte que nous nous transmettons de mère en fille.

Adulte, je garde toujours la même obsession pour Barbe-bleue. Comme tout conte, la compréhension n’est que partielle. En travaillant sur Barbe-bleue, ce sont les zones d’ombre de ce conte que je cherche ainsi à apprivoiser, comme si une partie de moi en sera alors apaisée.

J’ai choisi de vous amener dans le cabinet secret de Barbe-bleue, ou plus exactement dans mon interprétation du cabinet secret de Barbe-bleue. Le cabinet secret du conte est le lieu où pénètre chacune des sept femmes de Barbe-bleue avec la petite clé d’or, celui où sont pendus par les cheveux les corps des femmes précédentes, revêtues de leurs robes de mariées, celui dont le sol est recouvert du sang des femmes de Barbe-bleue. Le cabinet secret est le lieu qui garde traces de toutes les atrocités qu’il vaudrait mieux ne pas regarder. Pourtant, nous utiliserons nous aussi la petite clé d’or. Nous pénétrerons dans le cabinet secret.

Nous y pénétrerons sept fois, suivant pas à pas ma perception du conte. Sept expositions se succéderont sur un an et demi. Chaque exposition présentera une partie de l’œuvre. L’installation se modifiera au fil du temps. Barbe-bleue, le cabinet secret est une installation évolutive en sept temps.